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L’eau de Pâques
Récoltée aux premières lueurs du soleil
Une tradition encore populaire au Québec
Il fait encore nuit. Quelques personnes de diverses générations s’assemblent près d’une source ou d’un cours d’eau vive (jamais d’eaux stagnantes comme celles d’un lac ou d’un étang). Elles attendent patiemment l’aube du matin de Pâques. Dès qu’elles aperçoivent un peu de clarté à l’horizon, elles remplissent d’eau fraîche les récipients qu’elles ont apportés. Il faut puiser à contre-courant. Chacun repart ensuite avec la provision récoltée. Quelques retardataires se pointent mais c’est peine perdue : le soleil est déjà monté sur l’horizon. Pour cueillir l’eau de Pâques, il est nécessaire de se lever très tôt, bien avant l’aurore.
Les familles d’origine française venues s’installer sur les rives du Saint-Laurent à partir du 17e siècle ont apporté avec elles ce rituel faisant partie de leur bagage culturel. Ses origines sont populaires et non liturgiques. Les rapprochements avec la fête chrétienne de Pâques sont faciles à faire. On désignait le Christ comme lumière et comme soleil levant dans le christianisme ancien, comme on peut le voir par exemple dans l’évangile de Luc (Luc 1, 78) ou celui de Jean (Jean 1, 9). C’est pourquoi la célébration de la vigile pascale commence par une liturgie du feu qui change la noirceur ambiante en lumière joyeuse. Mais la vigile pascale se démarque également par l’importance de la bénédiction de l’eau, suivie par le baptême des catéchumènes. Le rituel de l’eau de Pâques y fait écho.
Toutefois, on peut voir tout aussi facilement que la récolte de l’eau de Pâques est reliée à des usages bien antérieurs au christianisme. Diverses pratiques rituelles et thérapeutiques étaient liées aux sources d’eau naturelles dans le paganisme antique. Or, pour les premiers chrétiens, la résurrection du Christ affectait non seulement toute l’humanité mais également le cosmos, qu’elle faisait entrer dans le renouvellement. Cette sensibilité a permis d’intégrer et de réinterpréter des usages plus anciens auxquels beaucoup étaient attachés.
Ainsi, l’eau de Pâques a la réputation de se conserver sans se corrompre et d’avoir des vertus de protection et de guérison. Cette croyance est certainement moins répandue aujourd’hui qu’autrefois, mais elle est révélatrice. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’y adhérer pour trouver un sens à la cueillette de l’eau de Pâques. Cette pratique présente une richesse symbolique permettant à chacun de s’y ressourcer à sa manière.
Sophie Tremblay
Office de catéchèse du Québec