Le Carême ne fait pas partie de la tradition protestante, essentiellement pour des raisons historiques. Au tout début du protestantisme, les Réformateurs ne se sont pas prononcés à son sujet. Le carême était trop associé à un contexte de bonnes œuvres, à un esprit de contrition contradictoire avec l’idée de Grâce. Par la suite, tout ce qui ne relevait pas de la Grâce seule a été rapidement abandonné.
Les Églises réformées n’imposent pas de pratiques de pénitence ou de jeûne (au contraire elles les découragent), l’insistance, durant cette période, porte sur la prédication et la méditation. Aucune consigne particulière n’ayant été laissée par les apôtres, le protestantisme ne se veut pas non plus directif sur la question du jeûne ni sur la célébration du mercredi des Cendres.
Cette absence d’ascèse particulière, de mortification ou de repentance, d’actes de contrition demeure l’une des différences entre le catholicisme et les Églises issues de la Réforme. Pour les adeptes de ses dernières le salut s’obtient par la foi seule sola fide en sorte qu’il n’est pas besoin d’accomplir des œuvres de pénitence pour obtenir le salut.
Isabelle Fievet, aumônière à la prison pour femmes de Rennes rappelle : « Le Carême ne se vit pas en général chez les protestants pour la bonne raison que, la grâce de Dieu étant gratuite, une préparation à Pâques qui passe par des privations ou autres pratiques méritoires ne se justifie pas. C’est même inconcevable pour nous. »
Cependant, depuis quelques années les Églises réformées, notamment en Europe, retrouvent l’utilité de ce temps qui précède Pâques, même s’il n’existe aucune règle institutionnelle en la matière. Le Carême peut, dans notre vie chrétienne, correspondre à un temps de réflexion. Une période pendant laquelle on peut se demander, ou se redemander, ce que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien. Autrement dit, ce temps devient l’occasion de prendre du recul, de faire un bilan des orientations que l’on donne à sa vie. En mesurant l’écart entre la réalité et ce que Dieu pourrait attendre de nous. Cela procède plus de la réflexion que d’actes concrets, et plus de la pédagogie chrétienne que du fondement de la foi protestante.
Depuis plusieurs années, l’organisation œcuménique Kairos propose, durant le Carême, un jeûne de carbone, réduire notre consommation d’énergies fossiles pour les mieux-être de la planète.
Or voici que Luc, nous lance une invitation similaire : en relisant le récit des « tentations » de Jésus par le diable dans une perspective de réflexion et d’introspection, nous pouvons vivre le carême comme une période dans laquelle nous examinons quelles sont nos propres tentations, tentations de consommation, tentations de domination, tentations d’idolâtrie.
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